Camille MARGERIE
Transformation de l’ancienne tannerie barroise Ernest Dietz en centre d’art
Barr est une ville dynamique de 7 000 habitants, située à la rencontre du massif des Vosges, de la plaine d’Alsace et des vignobles. Implantée sur la route des vins, elle est connue pour son titre de capitale viticole du Bas-Rhin, mais aussi pour ses paysages boisés parcourus de nombreux sentiers de randonnée menant notamment aux ruines des châteaux du Landsberg et du Haut-Andlau.
Traversée par la Kirneck, Barr a longtemps vécu de l’industrie du tannage du cuir. Cette activité a profondément marqué son économie ainsi que son tissu urbain. La tannerie Dietz fait aujourd’hui partie des derniers témoins bâtis de l’époque du tannage industriel barrois. Construite dans les années 1860, elle a connu plusieurs usages au fil du temps. Le site est aujourd’hui composé de cinq bâtiments organisés autour d’une cour intérieure minéralisée. L’ensemble est refermé sur lui-même, ceint de murs et de clôtures, ce qui le rend peu perméable au tissu urbain environnant. La rivière, qui traverse le site, est actuellement canalisée et recouverte sous la cour centrale.
Malgré cet enclavement, la matérialité et la volumétrie de l’ancienne tannerie contrastent nettement avec les architectures avoisinantes, principalement composées d’habitat pavillonnaire et de petits logements collectifs, renforçant ainsi son statut d’îlot singulier au sein du tissu urbain. Par son positionnement stratégique et son gabarit atypique, la tannerie possède un fort potentiel de réintégration urbaine.
Je souhaite appuyer le projet sur cette opportunité afin de créer un espace public favorisant de nouveaux liens entre les habitants, le lieu et son environnement naturel. À travers cette démarche, je viens rouvrir la rivière, longtemps restée invisible, et la valoriser comme élément structurant du projet. L’ouverture du site crée de nouvelles porosités, traversées et parcours piétons, favorisant une reconnexion avec le tissu urbain. Cette dynamique est renforcée par un programme accessible au public, permettant de redonner une identité commune aux différents bâtiments, aujourd’hui encore fragmentés dans leurs usages.
J’ai souhaité transformer l’ancienne tannerie en m’appuyant sur le déjà-là et sur l’histoire du site. Autrefois dédiés à la transformation du cuir, les lieux accueillent actuellement la création artistique avec la présence d’une artiste locale. Le site présente également de fortes qualités spatiales et paysagères : volumes généreux, matérialités brutes, lumière naturelle, présence de la rivière et vues sur les vignobles ainsi que sur les grands paysages environnants.
C’est pourquoi j’ai choisi d’imaginer un centre d’art structuré autour d’une résidence d’artistes. J’ai voulu concevoir un lieu propice à la création, nourri par le rapport au paysage et à la rivière, mais aussi par une relation sensible au patrimoine. Les interventions contemporaines révèlent les qualités spatiales et architecturales existantes, tout en inscrivant clairement la reconversion du site dans une nouvelle temporalité et un nouvel usage.
Par la réouverture de la rivière et la transformation de l’ancienne tannerie en centre d’art, le site s’ouvre à la ville comme au paysage et devient le cœur des rencontres et des échanges entre le public, les artistes et les habitants.



















