Anne LE GUELLEC
Renouer avec le lin : réhabilitation de la friche Badin en un pôle de production et de formation autour du lin
Le lin occupe une place centrale dans l’agriculture normande et française, avec 85 % de la production européenne concentrée dans les régions de Normandie et des Hauts-de-France. Pourtant, faute de filatures locales, près de 90 % de cette fibre est exportée en Asie pour y être transformée. Après la disparition des filatures françaises dans les années 2000, l’intérêt croissant pour l’écologie, les circuits courts et la traçabilité textile ouvre aujourd’hui la voie à une relocalisation de cette filière. Quelques initiatives récentes témoignent de ce renouveau, mais elles ne couvrent encore qu’une part infime de la production.
Le lin possède des atouts écologiques indéniables : il consomme peu d’eau et d’intrants, valorise ses sous-produits et contribue à la rotation des cultures. Sa fibre, particulièrement résistante, est également de plus en plus utilisée dans les matériaux composites, offrant des débouchés variés dans l’automobile, le sport, le mobilier, le nautisme ou encore la construction.
Le projet se concentre sur la réhabilitation du site de l’ancienne filature Badin à Barentin, friche industrielle emblématique de la vallée de l’Austreberthe. En s’appuyant sur ce lieu chargé d’histoire, il vise à recréer une chaîne de transformation complète du lin sur place : teillage, peignage, filature, tissage et fabrication de composites. Le dispositif associe également un pôle de formation et de recherche, afin de transmettre un savoir-faire disparu et de renforcer l’innovation.
Au-delà de la relance industrielle, ce projet propose une requalification urbaine et paysagère du site. L’organisation spatiale articule formation, production, espaces publics et patrimoine bâti, tout en redonnant un rôle structurant à la rivière. Ainsi, l’usine Badin réinventée devient un moteur de redynamisation locale, alliant mémoire textile, développement économique et transition écologique.



















