Julia STASZEWSKI
Reconversion de la friche du Clos St Louis et son usine en support d’économie circulaire et de résilience alimentaire pour Melun
Face au déclin industriel de nombreuses villes françaises, d’importantes friches urbaines sont apparues. Ces terrains, souvent difficiles à reconvertir, sont aujourd’hui perçus comme des opportunités de densification dans le cadre de l’objectif ZAN. Pourtant, dans un contexte de crise climatique, cette approche montre ses limites. Les villes, très dépendantes des systèmes productifs mondialisés , sont vulnérables. En prenant l’exemple de Paris, seulement 20 % de l’alimentation provient d’Île-de-France contre 80 % au début du XXe siècle. Bien que la région soit historiquement fertile, la monoculture céréalière y domine aujourd’hui, entraînant une perte de diversité et une forte dépendance aux importations. De plus, le métabolisme francilien génère une quantité énorme d’importations de d’autres filières nécessaires à la consommation des habitants. De ce fait, la densification et donc l’augmentation de la population urbaine pose question en l’état actuel du système. Dans ce contexte, il est bien sûr important de limiter l’étalement urbain et donc la disparition des terres agricoles par le recyclage foncier des friches ; cependant la densification doit se faire de manière raisonnable. Parallèlement à cette augmentation de la population urbaine, il est aussi essentiel de s’appuyer sur la transition agricole et les circuits courts pour renforcer la résilience des territoires par la production locale et la valorisation des déchets. Cela implique une coopération renforcée entre villes et lieux de production, entre ville et campagnes à travers une économie circulaire.
C’est donc par ce biais que j’ai choisi d’aborder mon projet de fin d’études. Pour amorcer la transition, j’ai donc travaillé à plusieurs échelles, avec une notion centrale de « circularité », sur le territoire de Melun-Val-de-Seine. Il s’agit d’une agglomération comptant environ 135 000 habitant.e.s, située dans le sud de la Seine-et-Marne. C’est un pôle urbain important situé au cœur d’un territoire rural et forestier, traversé par la Seine et ses affluents. Au cœur de cette agglomération, le lieu qui est au cœur de mon PFE est la friche industrielle du Clos St Louis, entourée par la Seine et les voies ferrées, dans la commune de Dammarie-les-Lys. Sur ce terrain subsiste l’ancienne usine de la Compagnie Nationale des Radiateurs, avec ses sheds ovoïdes en béton conçus par le célèbre ingénieur E. Freyssinet, et sa cheminée de 60 m. Construite en 1928 puis abandonnée depuis les années 70, l’usine reste un vestige du passé industriel dont la ville ne sait que faire. Les autres usines ont été démantelées progressivement, laissant derrière elles 130 ha de terrain en friche. Je souhaite donc proposer un projet sur cette friche et son usine, qui permettrait de relier ce site aujourd’hui enclavé, à la ville. Je veux également en faire un levier de transition pour rendre le territoire plus résilient face aux enjeux climatiques.
J’ai donc choisi comme sujet le prisme de l’économie circulaire et plus précisément d’un lien ville-campagne, à la fois par la valorisation au sein de la ville des productions agricoles alentours et par la mutation des modes de culture vers de l’agroécologie. L’idée générale est donc de remettre la productivité au cœur de la ville, pour rendre cette dernière moins dépendante de la mondialisation et donc moins vulnérable aux crises environnementales, économiques, géopolitiques, en développant des circuits courts. Je m’appuie donc sur une notion centrale de circularité pour reconvertir cette friche et en faire bénéficier le territoire. Cette notion se décline dans mon projet en 3 domaines : urbanisme circulaire, circuits courts agroalimentaires et réemploi. De cette notion découlent à la fois le programme et le dessin du projet. Je m’appuie également sur 3 stratégies pour transformer la friche : la première est vivrière : Je viens enclencher une dynamique de résilience alimentaire, en initiant de l’agriculture urbaine à grande échelle sur la friche, et en développant un pôle de transformation alimentaire locale et artisanale au sein des Halles Freyssinet. De plus, la formation et la sensibilisation à l’agroécologie sur le site permettra de former les agriculteurs d’aujourd’hui et de demain et faire ainsi muter la production agricole locale. La deuxième stratégie est celle autour de l’axe Seine, que je mets en valeur au niveau de la friche, par la création d’une promenade au bord de l’eau et d’un port fluvial tout en préservant des espaces plus naturels. Enfin, la troisième stratégie est celle de couture urbaine : j’accompagne la mutation de la frange est de la friche par une densification modérée du tissu urbain. J’y aménage un quartier mixte, attractif et inclusif, sur un principe d’ilots bioclimatiques, tout en conservant et réinvestissant le bâti existant. Les nouveaux logements permettront de répondre à la demande en logements sociaux et pourront aussi accueillir les nombreux étudiant.e.s et séniors isolé.e.s de Melun au sein de résidences intergénérationnelles. Ce nouveau quartier écologique fera ainsi transition entre la ville et le futur parc agricole, dont les Halles Freyssinet marquent l’entrée. Ces dernières accueilleront également un tiers-lieu, une ressourcerie et un marché couvert, où les habitant.e.s pourront se retrouver, consommer local, participer à des ateliers ou encore visiter le pôle productif agroalimentaire.
Je souhaite donc faire tendre l’agglomération vers un système ville-campagne plus coopératif et donc plus résilient, par le rapprochement des productions et consommations, à travers la reconversion de cette friche et son usine en initiateurs d’une économie circulaire. De plus, je souhaite que les habitant.es puissent se réapproprier les lieux, par le biais de l’aménagement d’une promenade, du parc agricole et du tiers lieu. Enfin, l’alliance d’un pôle productif avec un pôle public au sein de l’ancienne usine permettra de faire revivre ce lieu aujourd’hui délaissé tout en initiant une dynamique de résilience dans l’agglomération.







