Elise LOUVEL
Praz Coutant : du sanatorium au lieu de vie au coeur de la montagne
En savoyard, « Praz » signifie « prairie ». Ici, à 1150m d’altitude, face au Mont-Blanc et au pied des falaises des Fiz, le sanatorium de Praz Coutant attend de reprendre vie.
Construit en 1924 aux prémices de la station climatique du Plateau d’Assy, il marque le début de l’histoire médicale du hameau de Passy. Le plateau est choisi pour ses courants de vents, son orientation, et son ensoleillement, jugés favorable à la guérison de la tuberculose. C’est pour cette position idéale que la mission Rockfeller décide, au début des années 1920, de créer la station climatique. Suivront ensuite la construction de cinq autres grands sanatoriums. Praz Coutant est le premier, et le seul à avoir suivi la logique des « villages sanatoriums » avec ses deux bâtiments principaux et ses chalets annexes.
Au fil de son exploitation, le site est transformé pour s’adapter aux usages. Peu à peu, le plan éclaté d’origine laisse place à un édifice central massif qui s’impose comme une muraille dans la montagne. Dans les années 1970, la fonction sanatorium est abandonnée au profit de la création d’un centre d’hématologie et de chimiothérapie qui conduit à la dernière grande modification du bâtiment. Depuis 2020, Praz Coutant est à l’abandon.
Si l’histoire du plateau d’Assy s’inscrit dans la lutte contre la tuberculose, la vallée de l’Arve, en contrebas, raconte une autre modernité. Aujourd’hui considérée comme la vallée la plus chère et la plus polluée de France, sa population ne cesse de croître. Dans un contexte de changement climatique et de risques naturels, les territoires de montagnes doivent se préparer à cette arrivée de nouveaux habitants. Les Alpes connaissent une double mutation : démographique et climatique, tout en restant fragiles, difficiles d’accès et soumises aux aléas naturels. Le modèle du chalet isolé dans la montagne n’est plus viable. Ce projet de fin d’études propose donc de repenser les modes d’habiter en montagne tout en redonnant vie à un patrimoine du XXème siècle.
Le projet s’inscrit alors dans une double continuité : celle d’un héritage architectural et paysager unique, et celle d’une nouvelle réflexion sur l’habiter en montagnes faces aux mutations des territoires alpins.
Dans ce contexte, le projet propose de redonner vie à Praz Coutant en le reconnectant à son territoire. Cela passe par une nouvelle porte d’entrée – l’ascenseur valléen - et une transformation de l’organisation spatiale du site. D’un bâtiment massif et cloisonnée, le dessin est réinterprété pour retrouver des traversées, des porosités et des respirations. Les démolitions ciblées et la réactivation du socle en pierre redonnent au site son ouverture sur la vallée et sa relation à la prairie ainsi qu’à la forêt. Les galeries de cure reprennent leur place. Ainsi, loggias au sud, et coursives couvertes au nord offrent des espaces intermédiaires entre intérieur et extérieur.
Au cœur de cette reconversion, deux usages se rencontrent : l’habitat et la recherche. Le premier s’organise autour d’espaces communs, favorisant la convivialité, l’entraide et la sobriété. Le second prend la forme d’une antenne du CREA Mont-Blanc, dédiée à l’étude du changement climatique, reliant symboliquement l’histoire médicale du lieu à une nouvelle mission scientifique. Ensemble, ils composent un pôle de vie montagnard où habitants, chercheurs et visiteurs partagent un rapport renouvelé au paysage et à la communauté.
Ce projet vise ainsi à dépasser la simple réhabilitation de Praz Coutant pour venir interroger la façon dont est habitée la montagne au XXème siècle. Plusieurs équilibres sont cherchés : entre intimité et collectif et entre mémoire et réinterprétation. Le patrimoine devient une ressource active pour penser l’avenir. Ce projet redonne sens à un patrimoine abandonnée et l’inscrit dans un territoire en transition.












