Apolline CLERC
Accueillir, Cohabiter, Parcourir : la mer
Face à la montée annoncée du niveau des mers, estimée à un mètre d’ici 2100 et menaçant 13 % du littoral français, j’ai choisi d’aborder cette réalité non comme une fatalité, mais comme une opportunité de transformation. Au travers du concept de la médiance, développé par le philosophe Augustin Berque, j’ai cherché à comprendre comment l’Homme et son milieu peuvent coexister et se façonner mutuellement. Composer avec la nature plutôt que lutter contre elle : telle est la posture qui a guidé mon projet.
La problématique était la suivante :
"Comment faire de la montée des eaux un levier de projet au travers du concept de la médiance ? Du littoral camarguais à la ville du Grau-du-Roi."
Mon terrain d’expérimentation, le Grau-du-Roi, illustre pleinement cette tension. Ville littorale camarguaise, construite entre mer et étangs, elle incarne à la fois la richesse et la fragilité d’un territoire en constante mutation. Son urbanisation progressive, tournée vers le tourisme et la voiture, a peu à peu distendu le lien entre la ville et son paysage humide, rendant visible la vulnérabilité d’un modèle urbain figé face à la montée des eaux.
Mon intention a été de réinventer cette relation à l’eau, non plus dans la résistance, mais dans l’accueil. Le projet s’appuie sur trois notions fondamentales : accueillir, cohabiter, parcourir.
Accueillir l’eau, c’est reconnaître sa présence et lui redonner une place structurante dans la ville.
Cohabiter, c’est penser des formes urbaines capables d’évoluer avec le risque, en intégrant la nature comme un partenaire de projet.
Parcourir, enfin, c’est renouer avec une lecture sensible du territoire, retrouver la continuité entre le centre, les étangs et la mer.
Ces intentions se traduisent dans une recomposition urbaine en deux grandes axialités :
une coulée verte, reliant le centre-ville au quartier de Port Royal et transformant l’ancien camping des Pins en parc urbain ;
et un parcours paysager reconnectant la ville à son arrière-pays et aux étangs camarguais, pour redonner à l’eau et au paysage leur rôle fondateur.
La médiance devient alors un outil concret d’aménagement : un système paysager de digues et de noues anticipe et accompagne la montée des eaux tout en structurant les espaces publics. Trois zones émergent : une zone d’inondation progressive, une zone de médiance où l’eau et la ville cohabitent, et une zone sécurisée. Les digues deviennent des promenades, les noues accueillent la biodiversité et régulent les flux, offrant un paysage évolutif au fil des saisons.
À travers cette approche, le Grau-du-Roi de 2100 n’est pas imaginé comme une ville figée, mais comme un organisme vivant, capable de s’adapter aux mutations de son environnement. L’eau y structure le territoire, guide les usages et inspire de nouveaux espaces de vie.
Le projet devient ainsi un exercice de ménagement, plus que d’aménagement : il s’agit d’apprendre à faire avec, à ménager les forces du milieu plutôt qu’à les contraindre.
Ce travail m’a permis d’interroger ma posture d’architecte : comment concevoir dans l’incertitude, comment rendre le projet réversible, comment redonner une place au vivant dans la fabrique de la ville ?
À travers cette démarche, j’ai cherché à formuler une conviction : la montée des eaux peut être le point de départ d’un nouveau récit territorial, où habiter, cohabiter et parcourir deviennent autant de manières de renouer avec la mer.
Merci à Emma Skornik, Clémence Jacquenod, Jérôme Bohrer, Lison Philippides, Eline Duret, Yvan De Wilde et Edgar Thurel pour leur aide, leur soutient et leur engagement dans la réalisation de ce projet.
















